Yazan Charif

Musicien et médiateur interculturel

Yazan Charif est musicien clarinettiste de formation, il a fait ses études au Conservatoire de Damas. Ayant vécu dans un milieu modeste, Yazan a toujours eu un penchant pour le travail social. Initialement, il a cherché à faire des études en philosophie. Son parcours l’a amené à élaborer des projets culturels et sociaux où la musique est devenue son outil de médiation. Ces expériences l’ont poussé à poursuivre des études en médiation interculturelle. Aujourd’hui, il porte deux chapeaux, musicien et médiateur interculturel.





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Votre parcours :

Je joue de la Clarinette depuis maintenant trente ans, j’ai commencé à l’âge de cinq ans. Mes parents sont des intellectuels, mon père est historien et ma mère professeur. Ce sont des personnes engagées et amoureuses de la culture. Ils m’ont inscrit à des cours de musique à l’âge de cinq ans.

Je n’avais pas prévu devenir musicien, c’est le hasard qui a fait les choses. À la fin de mon baccalauréat, j’ai décidé de faire des études en philosophie, mais j’ai rencontré le directeur du Conservatoire de musique de Damas. J’avais 18 ans, il m’a fortement encouragé à passer les examens de sélection, il est même allé jusqu’à en parler à mes parents.
J’ai réussi les examens et j’ai donc poursuivi en musique. J’aime beaucoup jouer de la clarinette, mais j’ai des intérêts éclectiques.

J’ai grandi dans un quartier défavorisé, dans une famille culturellement très riche. J’étais nourri en idées, en réflexion, en connaissances et mes amis à l’école n’avaient pas cette chance. Malgré moi, je suis devenu l’intello du groupe, le “prof”.

Quand j’ai débuté dans le milieu socioculturel, j’étais musicien. On faisait du théâtre interactif dans des petits villages pauvres en Syrie. Ces expériences m’ont poussé à me questionner sur la nature humaine. Bien que nous sommes tous égaux, nous n’avons pas les mêmes chances, les mêmes opportunités…
Je crois sincèrement que l’empathie est innée chez l’homme, mais nous la perdons avec les années qui passent.
C’est très important de ne pas perdre notre empathie. Je travaille avec les gens pour leur donner l’opportunité de connaître de nouvelles choses, de vivre des expériences et de développer leur esprit d’analyse.

La musique qui était mon métier initial est devenue un moyen de travailler avec les gens. C’est un outil merveilleux pour tisser des liens et développer l'empathie.

Qu’est-ce que la musique pour vous ?

La musique, c’est tout. Quand on prend le temps d’écouter, on vit l’instant présent. Ça nous permet de sortir de notre vie frénétique et de la course à la performance.

Un projet qui vous a marqué :

Mon premier projet. J’ai collaboré avec des amis sur une pièce de théâtre interactive. On a fait la tournée de plusieurs villages et on est allé à la rencontre de ces habitants.
Ce n’était pas facile de développer une relation de confiance et d’amitié. Pour eux, nous venons de la ville avec des diplômes et de l’argent. On est allé chez les gens dans différents villages. Au début, c’était difficile de tisser des liens.
Mais nous avons pris le temps qu’il fallait. Nous avons discuté, mais surtout écouté leurs besoins et aspirations. Plusieurs enjeux ont ressortis comme l’éducation, l'analphabétisme, la religion et même la sexualité. Nous avons construit notre pièce de théâtre à partir de nos discussions.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la musique ?

J’écoute la musique toute la journée. Je suis réellement passionné. On peut fermer les yeux, on peut arrêter de respirer. Mais c’est pratiquement impossible d’arrêter d’entendre.
C’est un outil de communication, c’est la base. Tu es obligé d’apprendre une langue pour comprendre une autre personne. Mais la musique ce sont des sons, il n’est pas nécessaire d’apprendre la musique pour l’écouter et la comprendre.

Ce qui vous inspire :

La rue et tout ce qui s’y passe.

Qu’est-ce que vous écoutez comme musique ?

J’écoute tout. Pour connaître la musique, il faut écouter tous les genres de musique.
Il faut essayer de les apprécier.
Je ne crois pas qu’il y ait une musique plus “noble” qu’une autre. Toutes les musiques sont importantes puisque tous les peuples sont importants. Au final, ce sont des sons.

Un moment fort dans votre carrière :

C’était même avant le projet du théâtre dans les villages. C’est quand j’ai travaillé avec des jeunes atteints de trisomie 21. J’ai fait un petit concert avec eux. Et j’ai appris que les gens pensent différemment et ressentent différemment, mais on a tous des bases communes. Ces jeunes n’étaient pas incapables de jouer ou d’apprécier la musique, ils avaient juste une façon à eux de le faire. Ce moment a été important puisque j’ai décidé de travailler avec les gens marginalisés.

Décrivez-vous en quelques mots :

Ça, c’est une question difficile.
Je suis une personne ordinaire qui essaie de trouver des milliers de questions.

Vos passe-temps ?

Recycler des objets trouvés et composer des sculptures inusitées.
J’écris, enfin, je ne sais pas si c’est de l’écriture, mais j’expérimente avec les mots.
Et puis j’aime cuisiner.

Montréal pour vous :

Je ne sais pas. Je la découvre encore.

Un lieu préféré :

Pas vraiment. J’aime juste me promener et découvrir.
Même en Syrie je n’avais pas de lieu préféré.

La Syrie pour vous :

C’est mon passé. C’est mon histoire elle m’a bâtie.

Un souvenir :

Même avec les difficultés économique et éducative, je trouve que la plupart des gens sont simples, généreux et modestes. Je garde un bon souvenir des gens.

Que voulez-vous que les gens sachent sur la Syrie ?

Sur la Syrie ou les Syriens ? Parce que la Syrie, c’est une terre, avec des déserts, des montagnes, des arbres… (rire)
En Syrie, il y avait beaucoup de cultures, beaucoup d’ethnies. Avant, les gens ont essayé de vivre ensemble. Il y a eu plusieurs tentatives de vivre-ensemble. Les gens voulaient vivre-ensemble.

Votre plat préféré :

Sheik Meshi.
Courgettes farcies avec Yogourt.